Archives mensuelles : mars 2013

Entre ciel, terre, et mer

Le Danemark est un carrefour aux confluences des géographies humaines comme physiques. Un archipel dont les terres n’excèdent pas 170 mètres d’altitudes, bordées par la Mer Baltique à l’Est, la mer du Nord à l’Ouest. Les vents souffles d’un côté comme de l’autre, menant le pays au premier rang des producteurs d’énergie éolienne. Mais c’est aussi un passage obligé entre l’Allemagne et la Scandinavie, et différentes influences culturelles soufflent cette fois suivant un axe Nord-Sud.

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Danemark vu du ciel, au loin le pont d’Øresund (17/03/2013)

Hey beer geeks ! Aujourd’hui le Danemark est considéré comme la première place du renouveau brassicole européen, et ce grâce à différents facteurs. Dans le reste de la Scandinavie l’alcool est prohibé et sévèrement réglementé par l’état. Cette situation incite toutefois à une consommation qualitative, propice à la dégustation, nous en parlions au sujet de la Norvège. En Allemagne la bière est très bon marché, consommée en grande quantité, et souvent peu sophistiquée. Le Danemark ne connait pas de monopole d’état. Avec une consommation annuelle proche de 100L par an et par habitant, un danois boit 20% mois de bière qu’un Allemand, mais deux fois plus qu’un Suédois ou un Norvégien. Cet entre-deux fait du Danemark un pays où l’on boit beaucoup de bière, mais avec un certaine préoccupation qualitative. Un pont entre deux cultures !

Les grands groupes industriels tels que Carlsberg ou Tuborg règnent en maître mais subissent la croissance du marché de la Craft Beer (bière artisanale) qui atteint aujourd’hui 8% de la consommation de bière dans le pays. Ce constat mène les grands groupes à diversifier leur offre en proposant des bières inspirées par le renouveau brassicole. Elles ornent souvent un autre nom, mais la marque principale reste visible. Cette hausse qualitative généralisée du marché n’est pas courante, mais reflète l’influence de la Craft Beer dans le pays. Rares sont les cas comparables, citons la Grande-Bretagne, mais surtout les Etats-Unis dont 10% de la consommation de bière est monopolisée par les Craft Beers, le marché Américain est le plus en avance au monde.

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Magasin de bières, Copenhague (17/03/2013)

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Brown Ale Jacobsen, groupe Carlsberg (19/03/2013)

Cependant, l’originalité du marché danois, on la doit avant tout à ses brasseurs ! Deux écoles jouent ici des rôles différents. Il existe plus de 150 micro-brasseries indépendantes au Danemark contre une vingtaine quinze ans auparavant, mais aussi un grand nombre de Gypsy Brewers. Ces derniers sont sans brasserie, mais se positionnent comme des créateurs brassicoles. Ils brassent « à façon » ou en collaboration dans de vraies brasseries, mais par leurs activités incitent à une création toujours plus délirante. Ils provoquent les tendances, développent le produit jusqu’à son paroxysme ! Le gypsy brewer le plus connu du Danemark répond au nom exotique de Mikkel Bjergsø, produisant des bières sous le nom de Mikkeller. Point de brasserie mais deux bars branchés à Copenhague, passage obligé pour tous les Beer Geeks d’Europe et du monde !

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Mikkeller Bar, Copenhague (17/03/2013)

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Mikkeller and Friends Bar, Copenhague (17/03/2013)

De l’autre côté (du pays, et de la philosophie), les vrais brasseurs. C’est aussi ce que je suis venu chercher au Danemark, des brasseurs à proprement parler. Pour ce faire je me suis rendu à l’autre bout du pays, sur l’île de Fanø où se trouve la brasserie Fanø Bryghus. Je la découvre sous une tempête de neige qui me rappelle que le printemps ne commence que dans trois jours, et derrière une belle devanture de briques rouges, 1800hl sont brassés chaque années. Une originalité, représentative du marché danois, 1/3 des bières brassées ici sont destinées aux gypsies. C’est notamment entre ces murs que sont brassées sous le nom d’Evil Twin les bières destinées au Noma. Restaurant copenhagois élu meilleur au monde trois années consécutives. Ryan, un américain, a laissé sa place à Martin, un Autrichien. Ici cohabitent deux cultures, l’une, classique, celle de la brasserie, offre une gamme qualitative mais sans grande originalité. Des brassins temporaires offrent toutefois des découvertes exceptionnelles. Ces initiatives ne sortent pas de nulle part, mais sont sans aucun doute le résultat d’inspirations prisent auprès des gypsies. Ils stimulent la création, nous l’avons dit, mais transmettent aussi leur nom à travers le monde. Si d’aucuns connaissent  Fanø Bryghus en dehors de la Scandinavie, ce n’est qu’à travers les étiquettes estampillées de leur nom aux côtés de brasseurs « à façon ».

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Fanø Bryghus, île de Fanø (19/03/2013)

Et pour cause, les gypsy brewers exportent souvent plus de 80% de leurs créations aux Etats-Unis et un peu partout dans le monde, à travers des adresses spécialisées. Les brasseurs locaux n’exportent quant à eux que de façon plus restreinte. Chez Fanø Bryghus, 70% des bières sont destinées au marché national. Un duo qui fonctionne puisque les premiers stimulent le marché tandis que les seconds l’assoient qualitativement à une échelle nationale. Au Danemark, aujourd’hui, il est facile d’obtenir une IPA, une Porter, et parfois même des bières plus extrêmes au supermarché du coin !

Reste à noter que les bières les plus sophistiquées proposées par les gypsy brewers ne font pas office de généralité. Elles sont consommées par quelques urbains danois, notamment à Copenhague, mais surtout par des amateurs étrangers. Les Danois eux-mêmes, remettent souvent en cause le prix de la bière, et favorisent des bières artisanales également, mais appréciables pour leur drinkability, c’est-à-dire leur facilité de consommation, par opposition aux bières les plus extrêmes, souvent servies en verres de 20cl.